Fi Ezma

En arabe : Fi Ezma. En français : En crise. Dans ma langue inventée : Des nœuds dans le cerveau. Le tout : un blog, des pages web noircies par un esprit fragmenté d’une petite jeune femme nommée Lella Tourria. Vingtaine avancée, endettée, étudiante, employée, amoureuse, mais avant tout une femme voilée du cœur et non du visage. Ce sont mes allées et venues dans les rues de Montréal, les corridors de Concordia, les ruelles des pays européens et sur les trottoirs d’Hochela’g qui s’échouent ici, sur Fi Ezma. Mes déboires en tout genre, mes questionnements, mes crises évidemment, mes réflexions, mais aussi mes doux moments, ma paresse sur le divan et mon affection pour les gens. Je me plais à croire que je suis le reflet d’une certaine hybridité contemporaine. Le reflet Fi Ezma des idéaux de mes parents, de ma communauté et de mes propres envies. Des pièces de casse-tête qui s’emboîtent difficilement les unes dans les autres ; d’où mes crises perpétuelles.

Fi Ezma d’amour XXII : La plume de glace

Un jour, tu m’as dit : « Je pense je vais partir. Fermer la porte et disparaître. Comme ça tu vas pouvoir recommencer à écrire. Le bonheur t’a gelé la plume. Je me sens coupable ».

Je me souviens t’avoir regardé #allthefeelings dans ma face. Un peu interloquée, un peu surprise, un peu séduite. Un peu de tout. Je ne savais pas quoi te dire. Ton amour a avalé mes mots et fermé les tuyaux. Non, j’en ai pu des noeuds dans le cerveau. Par contre, j’ai toujours les doigts qui me démangent et l’esprit qui vagabonde sur des pages blanches.

J’ai juste pu l’envie d’écrire mes maux.

C’est que c’est beau. Juste beau. C’est que c’est doux. Juste doux. Ta voix sur ma peau. Ton regard sur mon coeur. Tes mains dans ma tête.

Me laisser me submerger par ton rire. Nos rires qui se mêlent. Je pourrais en faire une chanson? Une comptine que je pourrai fredonner pour t’aider à t’endormir.

Me laisser aller à mes envies. À mes envies de partir. T’aimer ça me donne envie de faire de la route. Partir sur un no where. Prendre un one way à deux.

Un one way d’une vie composée de moments anodins. De matins. Pis d’aprèms. Pis de soirs. Pis de nuits. Pis tout recommencer. Encore. Sans fin.

Parce que le bonheur avec toi c’est ça. Une route sans fin.

Pis oui, mon amour je ne te le cacherai pas. Oui, des fois je pogne des nids de poule. Oui,  j’ai mal parfois.

Pour aucune raison. Quand j’arrête le tourbillon, ça me frappe au visage. Quand je m’assois sur mon sofa Ikea que j’aime tant. Quand j’écoute le silence. Je les entends encore ces voix-là chuchoter dans mon dos. N’aie crainte amour, ça ne dure jamais longtemps. Je secoue la tête, avant que le tout déborde. Je secoue la tête et les voix se cognent aux murs.

J’ai juste pu l’envie d’écrire mes maux.

Pis si c’est ça avoir la plume gelée, je pense, j’vais l’envoyer dans l’Nord, histoire qu’elle reste de glace longtemps encore.

 

Fi Ezma Existentielle XXIII : Réflexions en vrac sur trame de fond automnale

Samedi matin. Encore endormie sous les draps. Le cadran me réveille. Le cadran étant lui. Étant sa voix. Je m’assois. Prend l’ordinateur et écris. Par-çi, par-là.

Ma vie ces derniers mois se résument à ce bruit de mes doigts sur le clavier #alldayeveryday.

Et j’aime ça. J’adore ça. Je ne me plains pas.

J’ai tant supplié l’Univers ces dernières années, qu’il serait ingrat de ma part, de me plaindre ne serait-ce qu’une micro-fois. Je ne chiale pas. J’enjoy.  Dans tous les cas, j’essaye d’en profiter. Au maximum. D’en tirer le plus de satisfaction personnelle possible. De me démarquer. De sortir de la masse. Et surtout d’être reconnaissante de faire ce que j’aime dans la vie ; écrire.

Par contre, je ne peux pas m’empêcher de penser que tout va vraiment vite. Tout déboule. Je suis le beat des deadlines.

Ma vie n’est que remise, recherche, écriture, remise, recherche, écriture. Un upgrade du fameux mantra métro-boulot-dodo.

Ma vie se calcule en temps maintenant. En heures, en minutes. Et dans cette course effrénée, à peine levée de mon lit en ce samedi matin, j’avais au ventre une boule de chaleur plus chaude que le soleil, plus chaude que toutes les canicules de la Terre réunies.

C’était le bonheur qui me parlait. Le bonheur de sa petite face qui me disait : Everything’s gonna be alright.  It will be, que je me suis dit.

Cette longue tirade en guise d’introduction, m’amène à vous dire ceci :

L’automne c’est beau. Ce n’est pas déprimant. Pour moi ça été depuis la dernière année ma plus belle saison. Florissante, épanouissante, joyeux, belle, douce, sucrée.

Malgré son air frisquet, malgré les jours qui raccourcissent, malgré l’hiver qui est à nos portes, j’avais envie de lui rendre hommage à l’automne montréalais. J’avais envie de lui dire merci. Juste merci.

Fait que merci.

Merci pour lui. Merci pour eux. Merci pour ces petits défis. Merci pour les nouveaux amis. Merci pour les anciens. Merci pour tout et pour ce qui reste à venir.

 

Fi Ezma Existentielle XXII : Chaos

”Ta vérité déconstruit le chaos” ce qu’on m’a dit de plusse beau pour me séduire. L’amour en mots, coulisses de paroles sur ma peau. Ou bedon tes crises sèment le chaos, mais c’est ben beau, parce qu’anyways tant que tout est en ordre dans ton bordel-cerveau, we are fine. Ouin.

Je sais pu trop en fait. Le chaos, c’est l’fun oui. Yolo dans ton corps pis toutte. Pis Amen. Mais à un moment donné t’arrêtes, même si des fois l’envie de traverser au feu rouge te pogne, comme si t’avais des précieuses secondes à sauver, parce que t’sais t’es si full important, mais bon. Oui, c’est ça, t’arrête pis tu réfléchis. Ben longtemps. Trop longtemps ou assez longtemps c’est selon. Who care’s au pire, t’sais.

Tu prends des grandes respirations, comme celle que tu prends avant de faire une bombe dans la piscine publique trop chlorée à Hochelag city.

1, 2, 3, inspire. 1, 2, 3, expire. Un vrai cours de yoga mental, le cerveau qui fait le salut au soleil ou je ne sais, je suis ben poche pour retenir les noms des positions au yoga. Anyways moi le yoga ça me stress. Fait que, t’en prends une, pis deux, pis trois, pis quatre. Pis tu fermes même les yeux. Tu mets toutes les chances de ton côté. Sait-on jamais.

Tu continues à réfléchir. Y’a juste ça que tu sais faire de toute façon en situation de chaos. Réfléchir au feu rouge entre deux respirations, parce que t’as besoin d’oxygéner ton cerveau pis ses noeuds.

Finalement, tu sais que toute seule tu y arriveras pas. T’as besoin de respirer en duo. D’en parler. De faire de la musique avec ton respir. Des chants de gorge pis toutte, not. Pis là, c’est qu’il embarque dans le portrait. Qu’il te tient la main et t’aide à regarder des deux côtés. Vous traversez la rue sans toucher les lignes. Ton jeu favori. La game se poursuit sur le trottoir. Le premier qui met son pied sur une craque, ben, ben… Y french l’autre. Ouin, grosse punition.

En même temps vous respirez en duo. Par bond de deux. Pis c’est correct. Pis ton chaos à chaque expiration prend son sens, mais reste quand même bordélique. Pis c’est correct aussi.

Tu te poses pu trop de questions. T’arrêtes pu au feu rouge. À quoi, bon ? T’as trouvé ton chemin à travers le labyrinthe de ton chaos habituel. T’as semé des petites graines sur ton passage. It’s all good. Plus jamais tu vas te perdre. Promis, juré, craché, que tu t’es dis à toi-même. Si je mens je vais en enfer, (comme si je n’y allais pas déjà).

Mais t’as pas tenu compte des autres autour de toi. Des facteurs environnants, de la vie, des circonstances, des amis, du hasard, de l’amour. T’as juste pensé à toi. À ton problème. À comment le régler. T’as pas pensé que lui, il pourrait passer derrière toi, pis les ramasser tes miettes de GPS. T’as pas pensé que pour t’aider, il aurait passer l’aspirateur, parce que y’aime ça quand c’est ben ben propre. T’as pas pensé qu’il voulait bien faire en détruisant tous tes repères.

Eh non. T’as pas pensé à ça. Fait que tu te retrouves encore au feu rouge à réfléchir. Toute seule, en duo ou ben en trio. À contrôler ta respiration. À refaire ta gymnastique mentale pis à comprendre qu’anyways, tout est toujours à recommencer. Aussi ben l’aimer ton chaos pis te perdre dedans, une bonne fois pour toute.

 

 

Fi Ezma d’amour XXI : Coco

Y’a pas de mal à se faire du bien. Mais tu tournes en rond, la poignée de la porte d’entrée dans les mains. Je peux pas vraiment t’aider, je suis de l’autre côté. En plus je t’avais averti, y’a pas de mal à se faire du bien, faut juste que tu saches contrôler les lendemains.

J’ai pas peur tu sais. J’ai juste pas envie. J’ai des non-envie. Non-envie d’être deux. Non-envie de m’investir. Non-envie de rien. C’est plus ça. Non-envie du duo. Des compromis. Des t’es ou?. Des crises de jalousie. D’être à toi. De tout ça. J’ai déjà assez de noeuds dans le cerveau d’même. Pas besoin en plus que tu m’en fasses. Je préfèrerais des tresses. Oui, des tresses françaises. C’est so fency des tresses françaises.

Bref.

Je suis vide. J’ai rien à te donner. Rien à t’offir. C’est sec en dedans. C’est craquelé. Ma terre est fendue. Elle s’effrite. Sécheresse. Désert. Et des montagnes de sable, que j’arrive pas à escalader. Je glisse. Je remonte. Je reglisse. Je tombe. Je me fatigue pas. Je me fais des mollets. Je muscle mes jambes. Pour qu’elles puissent me soutenir. Que je n’aille plus besoin d’une canne pour me tenir debout, pour avancer. Que je n’aille plus besoin du déni pour continuer.

C’tait un beau mirage tout ça. Un beau paysage bleu. Le genre de mirage que j’attendais, pour me donner un coup de pied au cul. La gifle sur la joue. J’ai présenté l’autre au cas où. Juste pour être sûre d’avoir ben compris.

Moi, toi, nos draps, notre cachette, notre petite tente éclairée par la flashlight de ton Iphone. Notre mirage.

Entre ici et là, sur repeat. Moi qui essuie tes larmes. Le mirage qui coule doucement sur tes joues. Et mon esprit qui se vide. Faire le vide. Passer le week-end à faire le vide. Saisir du bout des doigts ces moments. Les cachés au creux de mes paumes. Au chaud. Chaud et doux, comme le peignoir blanc qui habillait nos corps presque nus. Nos visages éclairés par les lumières de Montréal. Le soleil qui se couche. Toi et moi qui s’endors.

À cet instant précis, à ce moment, là, tout s’est arrêté. Même mon coeur de battre. Ma tête de poser des questions. Mon âme de respirer.  Ma coquille noire de briser.

Le silence. Ton respire qui se mêle au mien. Rien de plus, que nos membres qui s’entrelacent. Et cette douceur. Cette sensibilité qui me pogne au coeur. Me serre la gorge.

Y’a pas de mal à se faire du bien, que je t’ai dit. Faut juste garder le contrôle. J’ai oublié de t’avertir. C’est facile d’avoir le vertige. Je regrette de t’avoir entrainé dans mon tourbillon.  Les petits garçons comme toi, ça se perd facilement dans ma tête.

Avec le temps, le mirage qui voile tes yeux s’estompera. Pixel par pixel. Une parcelle de couleur à la fois. Pour devenir un souvenir en noir et blanc teinté de nostalgie ayant pour trame sonore le silence de nos coeurs qui s’allègent. 

Je te le promets.

En attendant, je pense à toi. Fort, fort, fort. Ma peau qui sent le cacao, pour me rappeler. Et mes draps que je ne laverai pas. Juste pour garder ton odeur encore un peu. Et tes mots, en-dessous de mon oreiller. Ma lecture de chevet.

A+

 

 

 

Fi Ezma Existentielle XXI : Tempête dans un verre d’eau

C’est ben beau faire des crises existentielle. C’est ben beau se donner le droit de se tromper, de tomber, de se péter la geule. C’est ben beau l’écrire, le romancer, le publier… Mais faudrait que je commence à comprendre  le pourquoi du comment pis trouver une solution.

Mon rapport avec mes émotions est mal sain. Trop intense. Aucunement dosé. Je me disais que ça faisait partie de moi. Que j’étais comme ça. Take it or leave it. Finalement, je me questionne à savoir si c’est vrai. J’ai passé toutes ces années à me le faire croire, pour m’excuser, pour me pardonner plus facilement j’imagine. C’était la faute du contexte. Des circonstances. De mon incapacité à gérer. À me gérer. À les gérer.

Jeune, je m’en demandais beaucoup. Suck it up & keep going. C’était un peu ma devise.  Encaisse, ferme ta yeule, pis avance.  Pis ça a marché. Longtemps. Et un jour, j’ai craqué.  Par petites fissures. Une à la fois, histoire que je sente bien la douleur. Histoire que j’enjoy chaque partie de mon être qui se casse en frappant le mur de mes illusions. Bye bye l’armure. Bye bye la carapace. Bye bye toutte. Bonjour à toi, confusion, autogestion de marde et crises de larmes répétitives.

Je me demande si on cherche pas trop à mettre des mots sur nos maux, (petit clin d’oeil ici à Pierre Lapointe). Je me suis toujours dit que c’tait sain de vivre tout, jusqu’au bout. D’aller le plus loin possible, s’enfoncer, s’enterrrer, s’oublier…Je me disais que de cette manière, on ne peut que mieux revenir. Fail ? May be ?

Avec le temps je me suis dit que j’étais messed up et que je devais l’accepter. Que des fois j’tais à côté de la track, pis c’tait toutte. Un peu comme tout le monde. J’avais mes démons. Ils étaient pas plus beaux ou plus laids que les vôtres, mais c’tait les miens pis j’allais dealer avec ça comme une grande.

Je suis chanceuse, comme on dit. Toé t’es capable d’écrire ce que ton cœur te cri. De répondre, que je leur dis, des fois moi-même je comprends pas ce qu’il me dit. Ces cris résonnent dans mon esprit, je les enterre avec du bruit, de la musique, des rires,  des party, pis quand c’est pas suffisant, ben je les cache dans mes tiroirs IKEA.  Pis ben, à un moment donné les tiroirs débordent, ils ferment pu. Pis là ça explose.  Partout dans ma tête. Une grosse tempête, que rien ne peut calmer.  Juste le temps. Je m’épuise. Je me parle pendant des heures. Un flot verbal qui ne fait aucun sens. Que personne comprend.  Un carambolage d’émotions. Je ris, je pleure, je suis en colère, je pleure, je ris, je suis en colère, et ainsi de suite.  Et je tombe de fatigue. Et je dors. Longtemps.

Je finis par oublier. Je vis tranquillement, normalement.  Jusqu’à la prochaine tempête.

Fi Ezma d’amour XX : Bassin trop plein

 

T’sais quand ton corps trop fatigué est pas capable d’encaisser 3 boréales. Quand t’as pas la force de te gérer, pis que tu dis oui à une clope. Quand deux tounes consécutives  de ton itunes te tirent une larme. Genre Karim Ouellet + LJC. combo parfait mélancolie-sadness.  Quand tu dois faire un résumé de ton été à des gens que tu n’as pas vue depuis un boutte. Et que là, durant un instant tu revis les hauts et les bas des deux derniers mois en moins de 15 minutes.

Oui, là tu peux pas te gérer. Tu puises au plus profond, au plus loin. Mais y’a pu rien. Juste des bouteilles vides qui flottent dans un océan rouge délavé de vin de dépanneur, parce que t’es trop paresseuse pour marcher jusqu’à la SAQ.

Pis y’a cette envie de sparkle,

Plein de sparkles. Dans tes yeux. Dans les miens. Dans la chambre. Dans la cuisine. Dans le salon. Dans la douche. Man, everywhere. Parce que des sparkle, ça explose tellement fort, ça reste pas en place, ça bouge partout. Des flammèches sur les murs, dans nos coeurs, dans nos têtes.

Mais ça aussi, pas capable de gérer. Ça brûle mes mains. Brûle mes cheveux. Brûle ma peau. J’ai des plaques all over le corps. Des stigmates en forme d’étoile. Juste pour avoir l’air belle même décrissée.

Genre.

Et y’a ce sentiment. Se sentir poche même si on a prit le bon chemin. Pleurer un peu, parce qu’au phone on a ressenti son trémolo, sa voix s’éraillée et qu’en tête l’image de ses grands yeux bruns a fait surface.

Raccrocher.

Revivre l’été encore en mode fastfoward.

Faque je nage dans ce bassin trop plein, qui déborde. Et plus je nage, plus il coule. Plus il se vide. Le vide. Et ça, ça me fait peur.

 

 

 

Fi Ezma Existen-amour-religieuse I : Équation arabe

Jeune adulte. À l’aube de ma vingtaine. Quand je sortais non-stop, juste pour le kick. Quand je croyais, que de danser à en avoir mal aux chevilles m’aiderait à me comprendre. Quand je rentrais en bus de nuit, trop saoule pour parler, mais que j’écrivais sur des bouts de papier tout ce qui me passait par la tête. Quand, il faisait presque jour au moment où je posais ma tête sur l’oreiller et que j’entendais ma soeur ronfler. Quand mes parents ne savaient pas trop comment me contrôler. Quand en fait, je ne savais pas aimer.

J’étais dure. Dure avec eux. Parce que j’avais peur. Peur de me tromper, peur d’avoir mal, peur de m’abandonner, peur de me donner. Dans ma tête, j’avais trop à perdre, pas assez à gagner. J’ai été dure longtemps. Qu’est-ce que ça m’a appris. Pas grand chose. Peut-être mes limites de l’époque. Limites assez flexibles tant qu’à ça.

Tout ça à cause de quoi ? À cause de cette mentalité arabo-musulmane-féminine. Cette peur de l’autre qu’on t’inculque dès le jeune âge.

Les filles ça ne jouent pas avec les garçons. 

Les filles ça s’assoient les jambes croisées.

Fait attention aux garçons. 

Mets pas ça, c’est trop çi, pas assez ça. 

Est-ce qu’il va avoir des garçons à la fête d’anniversaire de ton amie ?

Ton hymen, c’est à toi. Pas avant le mariage. 

Le sexe c’est mal. T’es pas rendue là. Concentre-toi sur tes études. 

La liste est longue. Je pourrais continuer des heures et des heures.

Et j’ai failli oublier la deuxième moitié de la peur. La honte. La H’chouma comme on l’appelle par chez nous.

Peur & honte = culpabilité. Criss de beau trio.

Ma mère avait peur de tout, tout, tout. Je pense que c’tait une maladie. Elle avait tellement peur pour moi. J’ai jamais compris elle avait peur de quoi, jusqu’à ce que j’atteigne l’adolescence. Elle avait peur que pour un homme, je foute ma vie en l’air. Que par amour, cet amour aveugle-de-j’ai-16-ans-et-c’est-l’homme-de-ma-vie, je détruise tout ce qu’elle a réussi à bâtir. Pendant que je jonglais avec elle et mes amours d’ado qu’elle tolérait,  elle, elle jonglait avec ses valeurs, la confiance qu’elle avait en moi et les dires de la famillia.

Ado, j’était pas consciente de tout ça. J’en avais assez sur les bras à dealer avec mes teenages emotions firsts problems. 

C’est plus tard que j’ai compris. Plus tard, à l’âge de la rébellion. Je l’ai dit, moi je fais rien comme personne.Me rebeller à 16 ans ? Non, moi j’ai attendu mes 18. J’ai fait ça légal.

C’est plus tard aussi que j’ai compris, mon hostilité envers les hommes. L’origine de mon comportement. C’est plus tard, que j’ai compris qu’il n’y avait pas de mal à aimer, à se tromper, à se donner, à s’abandonner. C’est plus tard que j’ai compris, que de se péter la gueule, pis de recommencer, c’était pas la mer à boire.

Je me suis adoucie avec le temps. Je fais confiance plus rapidement, quitte à me blesser, à me faire mal.

Là, faut j’apprenne à doser. Trop c’est comme pas assez. Ça m’éviterait ben des bobos au coeur. Pis faut j’arrête de mettre tout sur son dos. Mon coeur, il a le dos large ces derniers temps. Faudrait que le brain step up un peu. Ça ferait pas de tort. Je pense qu’il s’est réveillé ces deniers jours.  Je pense ben. Il va mettre ses limites.

Oui je sais, j’ai dit que j’avais des limites ben flexibles. Mais un peu de structure va me faire du bien.

Parce que là, la h’chouma est venue me dire coucou, et je n’arrive plus à la faire partir de chez nous. Elle s’est invitée. Elle veut rester à coucher. Et moi, je sais que tôt ou tard je vais suffoquer et c’est là que les noeuds dans le cerveau vont se créer. Et que je vais redevenir tough girl.

Fi Ezma Religieuse IX : Même combat

Je ne suis pas comme les autres. Je ne l’ai jamais été. Et je ne le serai jamais.

Étant jeune je m’était promis que je ne finirai pas comme elles. Je ne finirai pas comme ma mère, ma cousine, ma tante, ma grand-mère, cette fille à l’école, etc.

Jamais.

J’ai beau avoir le même background, le même nez, les mêmes habitudes, les mêmes tics, les mêmes airs, la même peau basanée, le même toutte, je ne suis pas comme elles.

Je ne peux pas. Je n’y arrive pas. Et je ne veux pas.

Qu’on nous mette toutes dans le même panier, (abus de l’adverbe ”même”, désolée, la rage me rend illettrée), m’en rage totalement.

Toute mon enfance, toute mon adolescence je me suis battue contre ces stéréotypes. Je me suis battue contre cette hypocrisie qui régnait autant chez les hommes, que chez les femmes de ma communauté. Pas toujours autant que je le voulais. La force et le courage me manquait. C’est un combat que je menais seule, pour moi, envers et contre tous.

Tous, c’est mon papa et ma maman.
Tous, c’est ma famille éloignée.

Tous, c’est les regards, les commentaires des gens.

Tous, c’est vous qui croyez un peu n’importe quoi sous-prétexte que c’est à la TIVI ou écrit dans un journal.

Tous, c’est les autres qui interprètent des haddiths à leur manière.

Pis y’a les autres. Ceux qui croient tout connaître parce que, ”ben, au travail ma collègue porte le voile, mais t’sais est ben cool” ou ” J’ai déjà couché avec une arabe était ben cochonne, c’est drôle hen ?” not really, mais bon chacun son humour.

Ou ceux qui ont tout lu, tout vu, tout analysé. Please, give me a break.

Vous en savez tellement rien. Vous ne connaissez que la pointe de l’iceberg. Je reconnais l’effort et je vous dis merci.

Mais please, please, ne nous mettez pas toutes dans le même panier. Ça ne donne rien, ça n’apporte rien à la discussion.

Ne mélangez pas les ”symboles”, comme vous les appelez. Ne mélangez pas le sang, la guerre, avec nous, ceux qui sont ici et heureux de l’être.

Ne vous méprenez pas. Le terrain est glissant. Il est pour tous. Vous et moi. Si on laisse les choses déraper, on va tous se retrouver au fond du ravin. Et pas besoin de croire en Allah, pour voir que ça arrivera.

 

 

Fi Ezma d’amour XIX : Guilty secret

Multitasks.

Un peu de lecture. Un peu d’écriture. Ici et là-bas. Un peu de New Girl & Revenge. Un drink. Du soleil.  Des chips crème sûre et oignons. La belle vie, quoi ! Ou pas.

Avant ma séparation j’étais pas mal ciné/télé/vore.  Depuis que  je suis solo, j’ai la télécommande à moi toute seule, c’est devenu une vraie obsession.  Épisode après épisode. Aucun remord.  Et là ça joue avec mon mind.

I want some fency dress. Un placard, rempli de robes de toutes les couleurs, motifs, style, etc.

Des dates. Des dates glamour où je pourrai mettre ces belles robes. Des dates glamour avec des mecs qui savent quoi dire quoi faire au bon moment.

FAIL.

Je sais ben que la vie c’est pas comme ça. Et à quelque part c’est tant mieux. Still, I can dream, no ?

Tant qu’à être célibataire. Je peux ben rêver à ce genre de date.

Le genre de date où le gars vient te chercher bien habillé, avec un veston. Oui, les vestons moi ça me fait tripper. Avec un bouquet de fleurs. Pas quelque chose de gros. Pas des roses. Juste un petit bouquet multicolore. Un bouquet qui sent le printemps pour ma cuisine.

Le genre de date où le gars a réservé dans un restaurant chic, un restaurant que je connais pas, un restaurant bon, beau, impressionnant. Un restaurant où tu peux boire du champagne.

Le genre de date où le gars te réserve une surprise après le repas. Où il a mit le paquet, la totale pour t’impressionner, pour te séduire, pour te montrer how much he cares.

Le genre de date où everything is taking care of. Où je n’ai qu’à go with the flow.

Je lance ça de même dans l’univers. One time.

YOLO.

C’était mon guilty secret.

 

Fi Ezma Religieuse VIII : Le roi & tout le reste

Ma mère m’a toujours dit que j’étais un peu trop sensible. Que ça allait me jouer des tours plus tard. Je lui disais tout le temps que je préférais vivre et me péter la gueule, que de passer à côté de quelque chose.

Elle n’a jamais compris ce que je voulais dire.

En fait, c’est sa faute tout ça.

Leur faute.

De les voir, jour après jour, cloîtrées, silencieuses, prises, obligées de, faire parce que,  sentir que sinon le monde peut s’écrouler.

Du hochement de la tête à la burqa, à cette mentalité l’homme-est-plus-fort-que-tout, à ces regards de mépris parce que je fais pas le ramadan ou ben parce que ma jupe est trop courte, tout me pousse à me péter la gueule.

Tout me poussent à aller plus loin. Tout me poussent à aller à l’envers.

Au grand désarroi de mes parents.

J’ai un peu d’espoir quand je vois le peuple se rebeller contre un Roi qui sert vraiment à rien ou quand une femme décide qu’il est temps que les non-jeûneurs soient respectés.

Amin.

Still.

Y’a tellement de choses à faire. Y’a tellement de choses qui se passent en ce moment au Maroc ou ailleurs dans ces coins-là. C’est désolant. Ça fait mal. Et la seule chose que tout le monde me demande, c’est si je fais le ramadan.

Eh boy. Parce que faire le ramadan c’est la réponse à tout. Of course.

Y’a quelqu’un qui m’a dit qu’on était toutes un peu pareil. Avec les mêmes complexes et le même problème avec l’autre. Le même rapport mal sain. La même vibe-hypocrite-secrète-double-vie. 

Peut-être.

On nait comme ça. C’est fou quand on prend le temps d’y penser. On naît avec cette double-vie. On sort du ventre de maman, en sachant que notre vie sera toujours divisée en deux. Celle à la maison et celle dehors. Celle avec notre famille et celle avec nos amis. Celle avec notre communauté et celle avec notre société.

Fuck que c’est lourd.

Et personne a la force de casser ce cycle. Personne ne veut vraiment le faire. Plus simple de tourner en rond. Plus simple de devenir une liar professionnel. Plus facile de manage une double-vie que  de tout péter, que de se rebeller. La force que ça prend pour changer les mentalités autour de nous…man, c’est le travail d’une vie.

Je me suis toujours considérée chanceuse. Et encore aujourd’hui lorsque je rêve de gagner des prix à la TV pour un roman, une web série ou ben un film  que j’aurais écrit (I wish), je m’imagine les larmes aux yeux, remerciant mes parents de m’avoir laissé me rebeller, de m’avoir aidé à leur manière, d’avoir essayer de comprendre, de m’avoir toujours défendu auprès de tous. Les remerciant pour les chicanes, mais aussi pour toutes ces discussions sur la religion, l’Islam, la place de la femme, de m’avoir laissé me faire ma propre idée, de m’avoir encouragé même s’il n’était pas toujours d’accord avec mes choix. En fait, merci de m’avoir laissé devenir MOI. Un jour, je pourrais leur dire devant des millions de spectateurs que tout ça, ÇA en valu la peine. Et je sais qu’ils seront fiers. Qu’ils appelleront tout le bled, tout Paris, pour leur cracher cette fierté au visage.

Inch’allah. 

En attendant, je leur dis que je les aime, je les aide du mieux que je peux et je reste le roc sur lequel ils peuvent compter. C’est la moindre des choses.